(Société Civile Média) – Présidente de l’association « Kudjow » (don de soi en langue Kabyè), Pidabi Essowaza s’est assignée une mission : celle d’aider les filles déshéritées et les femmes démunies de Lama (dans la région de la Kara) à sortir de la misère. C’est à travers don de soi et partage qu’elle s’applique à cette cause pour donner aux femmes de sa localité la chance d’émerger et de s’autonomiser.

Apporter la joie et le sourire autour de soi, un geste d’amour et de tendresse, plus qu’un sacerdoce pour Mme Pidabi Essowaza. Motivée par son parcours de vie, elle a su tirer leçon des vicissitudes de la vie pour donner une raison d’être à son association. Un « don » de soi mais surtout de ses compétences acquises au prix de milles sacrifices.

« La vie ne m’a pas fait pas de cadeau. Issue d’une famille pauvre, j’ai perdu ma mère très tôt, j’étais encore très jeune et je n’avais aucun soutien. Conséquence :je n’ai pas reçu d’éducation, sans repères j’ai été livrée à moi-même et je survivais de jobs de domestique. Lasse de cette situation ; j’ai décidé d’apprendre un métier. Au prix de maints efforts, j’ai réussi à convaincre des bonnes volontés de me payer les frais d’apprentissage, pas plus. Pour le reste je devais me débrouiller », raconte-t-elle, émue.

Inscrite en formation de couture en 1998, Pidabi réussit péniblement à boucler sa formation en 2005. Son petit atelier ouvert, elle espère vivement récolter les fruits de ses sacrifices. Leurre !!! La plupart des apprenties n’arrivent pas à honorer leurs engagements financiers. Très sociable et avenante, le jeune patronne découvre en échangeant avec ses apprenties qu’elles sont dans le même sillage par lequel elle est, elle-même passée : Pauvreté, manque de soutien, absence d’éducation, aucun repère … « Il y a certaines qui n’avaient même pas de quoi se nourrir et qui luttaient ainsi pour trouver un gagne-pain. J’en étais touchée », confie la patronne couturière.

Une âme charitable

Ce qui devait être une source de revenus s’est muée en œuvre de charité. La patronne Pidabi ne tenait plus rigueur à ses apprenties pour leurs redevances.

C’est avec plaisir qu’elle partage son savoir-faire autant qu’elle le peut avec ces jeunes filles démunies. La nouvelle fait mouche et son syndicat l’apprend. L’un des responsables lui conseille alors de mettre une association. « Je ne m’y connaissais pas, c’est lui qui m’a aidé dans les démarches » avoue la couturière qui s’est entourée de 06 femmes dans l’exécution de ce projet.

L’association mise en place, les objectifs définis, il fallait dès lors trouver des activités sur lesquels se centrer. Pidabi élargit donc les activités au sein de son atelier. Il n’est plus que question d’aider, il faut responsabiliser, autonomiser. « Kudjow » propose un éventail de formations : la haute couture, la teinte et le tissage de pagnes, la fabrication des savons et l’alphabétisation. Plus d’activités implique plus de personnes à aider ; le petit atelier de Dame Pidabi ne suffisait plus.

Elle se tourne vers la mairie pour solliciter un centre d’apprentissage. Les autorités locales croient en son projet et y répondent favorablement. PIDABI bénéficie d’un terrain d’un hectare pour construire un centre. « A présent le grand défi c’est d’arriver à construire le centre sur ce terrain », lance-t-elle.

Jusqu’ici l’association s’est autonomisée avec la vente de ses articles et les contributions mensuelles des responsables pour soutenir les jeunes filles dans le besoin.

Depuis trois ans l’association reçoit un soutien financier du Fonds d’aide à la culture. Aujourd’hui grâce à cet apport, 15 femmes ont bouclé leur formation en haute couture, 52 femmes dans le batik et plusieurs autres sont formées périodiquement sur des activités génératrices de revenus.
Mme Pidabi se sent aujourd’hui fière de son parcours. Loin de s’apitoyer sur son sort, cette chrétienne très pratiquante, pense que Dieu s’est servi d’elle pour accomplir une mission. « Si je n’avais traversé cette situation je n’aurai jamais pu prendre connaissance de la vie de ces jeunes filles et je n’aurai jamais pu leur venir en aide. C’est une grâce ! ». PIDABI en est heureuse, rassérénée.

Edem PEDANOU (Portrait réalisé dans le cadre du projet « Egbenana » du Pro-CEMA)

Abonnez-vous à  notre newsletter pour avoir toutes nos publications