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(Société Civile Média) – Une des premières femmes à devenir médecin militaire, à une époque où l’armée togolaise n’était pas féminisée, Lidi BESSI KAMA aura quasiment été de toutes les premières dans sa carrière en optant ensuite pour la pédiatrie et pour la médecine du sport. Ou encore en occupant des postes, parmi lesquels la présidence de l’organisation régionale antidopage (après y avoir été la représentante du Togo), membre de la CNDH etc. Une carrière plutôt remarquable dont les lauréats togolais de l’École du Littoral de Kpémé peuvent se féliciter de s’être inspirés pour remporter le prix du concours prestigieux d’écriture numérique parrainé par le Prince Albert de Monaco. Sereine, tel un poisson dans l’eau, volontariste, appliquée, qui est donc Lidi BESSI KAMA et d’où lui vient sa volonté d’aller au front, de mener si bien ses combats et de porter aussi haut l’étendard de la gente féminine ?

 Un père, une idée, une bataille pour la cause

Trop tôt orpheline de mère Lidi BESSI KAMA, de ses souvenirs, a quand même connu une enfance heureuse. Protégée, guidée par un père aimant et totalement présent qu’elle perdra aussi malheureusement dans sa vingtième année. On devine aisément que ce dernier, en suggérant à sa petite perle de 17 ans (à la suite d’une annonce à la radio en 1996), de tenter le concours d’entrée à l’École de Santé des Armées de Lomé, était bien conscient qu’il ne pouvait faire meilleur choix pour son avenir. 

« L’armée …, c’est un métier noble et en cas de sinistres, de catastrophes naturelles, c’est l’armée qui est portée au-devant de la population », se rappelle-t-elle encore des paroles de son défunt père qui reste son modèle pour la vie. Elle venait d’avoir le bac après un cursus sans faute depuis ses premiers pas en maternelle à 4 ans à l’école Marina, son collège à Notre Dame des Apôtres, puis pour finir le Lycée de Tokoin. Le contexte géopolitique mondiale des années 80/90 était assez trouble, de grands bouleversements s’amorçaient et elle n’avait qu’une idée en tête : s’engager auprès de Médecins Sans Frontières (MSF) et venir au secours de victimes où qu’ils se trouvent, notamment les enfants éthiopiens et somaliens dénutris. Seulement, « pour être médecin sans frontière… », il faudrait d’abord devenir médecin. L’argument était tout bien placé pour pousser la jeune Lidi  à réussir son concours.

Aux armes citoyennes !

Si le père de la jeune Lidi lui a inculqué l’attrait pour l’excellence, l’armée a donc fini par parfaire le sens du devoir de la femme accomplie qu’elle est devenue. L’intégration dans l’univers militaire était une expérience totalement inédite, à mille lieux de ce qu’elle pouvait s’imaginer. Les brimades certes, mais rien de méchant, la discipline, l’intégrité, le sport. N’est-ce pas dans la formation militaire qu’elle a compris que « la vie est faite d’adversité, …de combats, …de détermination » ? Aujourd’hui, avec le recul et une belle expérience, elle estime s’être construite grâce aux valeurs acquises dans ce corps.

Après un doctorat en médecine en 2005, son cœur la pousse à continuer vers un certificat d’études spécialisées en pédiatrie et hygiène infantile à l’université de Lomé. Lorsqu’elle se définit comme humble, empathique, dotée d’un grand humanisme et du sens de l’abnégation, ce n’est pas par vantardise. Mais, bien parce que ces traits de caractère innés en elle, hérités de son père, elle les a nourris et en a fait au fil du temps une culture. D’ailleurs, la culture personnelle, la protection de l’enfance, le partage du savoir, le travail bien fait sont fondamentalement des choses qui lui parlent.

Puis, ce sera au tour de sa passion pour le sport, la part sans doute qui lui vient de l’armée, de la convaincre pour un certificat d’études spécialisées pour la médecine de sport obtenu à l’université de Cocody (Abidjan).

Son travail, Lidi le fait « … d’une façon naturelle ». Elle qui, pourtant, est décorée de la médaille de Chevalier de l’Ordre du Mono et a reçu le Trophée Femme et sport et bien d’autres récompenses. Lidi ne se rend vraiment compte de l’exceptionnalité de ses accomplissements que par le regard, pour ainsi dire, admiratif de la société. C’est pour elle un réconfort qui l’amène à faire encore plus et à rester digne, consciente qu’elle fait, malgré tout, partie d’une classe de pionnières qui font bouger les lignes, enlever les tabous, aseptiser les complexes machistes. Bref, une exemplarité qui a ouvert et continue d’ouvrir la voie à la féminisation de l’armée et de beaucoup d’autres domaines importants.

Malgré, son engagement sous le drapeau, ainsi que ses responsabilités auprès de ses patients, Mme Lidi BESSI KAMA, épouse et mère de deux enfants, prend ces derniers rôles très à cœur et reste intransigeante sur l’essentiel des principes familiaux.

Edem PEDANOU (Portrait réalisé dans le cadre du projet « Egbé Nana » du Pro-CEMA)

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