Officiellement lancée le 28 juillet 2018, l’association « Anehoviwo » s’inscrit dans une seule logique : le bien-être et le développement endogène de la commune d’Aneho. C’est dans ce cadre qu’elle a mis en place le Fonds d’investissement de la ville d’Aného lors de son Assemblée générale extraordinaire organisée le 14 septembre dernier. Pourquoi un fonds d’investissement pour la ville d’Aneho ? Comment va-t-il fonctionner  et qu’apportera-t-il concrètement à la ville d’Aneho ? Président de l’association « Anehoviwo », Adrien BELEKI AKOUETE répond à ces interrogations dans cette interview exclusive accordée à Société Civile Média.

 

AKOUETE BELEKI, voici un peu plus d’un an qu’a été créée l’association « Anehoviwo ». Et vous en êtes le président. Comment se porte-elle aujourd’hui ?

L’association « Anehoviwo » se porte très bien. Comme vous l’avez si bien évoqué dans votre question, cette association n’a qu’une année de vie. Et comme toute organisation, elle a son siège dans la ville d’Aneho, un bureau exécutif et se réunit très souvent pour réfléchir au développement de la ville d’Aneho.

Vous n’êtes pas sans savoir qu’Aneho a été deux fois capitale du Togo. Mais depuis un certain temps, cette ville ne se développe plus comme il se doit. Cette situation s’explique par plusieurs raisons. Et la raison principale est qu’il n’y a plus d’activités professionnelles et génératrices de revenus à Aneho comme dans le temps. De grandes sociétés comme la SGGG, UAC ou encore la Société Commerciale Internationale d’Afrique  y avaient jadis leurs représentations. Mais plus rien de tout ça n’existe aujourd’hui. Alors qu’elle a une histoire, cette ville commence à être oubliée de ces filles et fils.

Est-ce ce qui justifie la création d’« Anehoviwo » ?

Oui, c’est ce qui justifie la création d’« Anehoviwo ». Vous savez, il nous faut sortir de la tête l’idée selon laquelle c’est l’Etat qui doit tout faire. Nous pouvons bâtir notre ville si nous le voulons et si nous nous donnons les moyens pour y arriver. C’est la raison pour laquelle aussi bien les enfants d’Aneho résidant dans la diaspora que ceux qui sont ici au Togo ont pensé à mettre en place cette association. Ce n’est pas la première tentative, puisqu’il y a déjà eu des associations dont l’ADECAN (Association pour le Développement de la Commune d’Aneho, NDLR) par exemple. « Anehoviwo » est venue s’ajouter à cette association sœur pour ensemble conjuguer nos efforts et conscientiser davantage  nos frères et sœurs sur le fait que notre ville a une histoire qui, en aucun cas, ne doit s’éteindre. Et tout dépendra de nous. Voilà un peu ce qui nous a poussés à mettre en place cette association. Un détail important, « Anehoviwo » ne concerne pas que les enfants d’Aneho. Elle s’élargit vers d’autres localités comme Agbodrafo, Glidji, Badougbé pour ne citer que celles-là.

Pouvez-vous vous réjouir aujourd’hui de l’adhésion de tous les enfants d’Aneho à cette initiative ?

Oui, il y a une adhésion totale à l’initiative. Et je suis même surpris de l’ampleur de cette adhésion. Les natifs d’Aneho se désintéressaient un peu de leur ville. Mais aujourd’hui il y a un engouement en ce qui concerne l’association. Nous sommes presque 350 personnes aussi bien au Togo qu’à l’étranger à s’être inscrit sur notre plateforme et d’autres personnes s’inscrivent tous les jours. En plus, la création de l’association a suscité en nous un réveil pour que nous pensions à notre ville. Nous nous sommes donc dit qu’à la place des querelles et malentendus, il vaut mieux conjuguer nos efforts et faire en sorte qu’Aneho retrouve son lustre d’antan.

Lors d’une Assemblée générale extraordinaire tenue le 14 septembre dernier, Anehoviwo a doté la ville d’Aneho d’un fond d’investissement. Pour ceux qui n’ont aucune notion de ce concept, qu’est ce que c’est  et qu’est ce qui explique une telle idée ?

Avant d’évoquer le fonds d’investissement, permettez-moi de préciser que ce fonds n’est pas notre premier objectif. L’idée, dans un premier temps, est de faire d’Aneho une ville propre et très attrayante parce que chez nous, l’insalubrité est devenue monnaie courante.

Vous savez, nous avons grandi à Aneho. Et quand on était jeune, je me rappelle qu’obligation nous était faite à l’époque de faire en sorte que la ville soit toujours propre. Ce qui donnait un éclat à notre localité. Malheureusement, la génération actuelle n’a pas su maintenir cet élan. La première activité initiée par « Anehoviwo » après son lancement a été d’organiser une opération ‘‘Aneho ville propre’’ qui nous a permis de nettoyer la ville de ses saletés.

Venons-en maintenant au fonds d’investissement.  Vous savez, Aneho à une histoire. Et le grand symbole historique allemand était la maison du chemin de fer, une grande gare qui reliait à l’époque beaucoup de villages. Un exemple simple, à côté de l’église catholique Saint Augustin d’Amoutivé, il y avait un marché qui s’appelait « Ablodéssimé » (marché de l’indépendance, NDLR). Ce marché était principalement animé par des gens qui venaient d’Aneho. Ceci parce qu’il y avait un marché qui s’animait tous les lundis à Agouègan où les gens venaient se ravitailler par le train et revenaient vendre leurs produits à Ablodéssimé. Ce commerce à malheureusement disparu avec l’arrêt des activités ferroviaires. Ce qui a eu des répercussions sur les activités commerciales à Aneho.

Le Fonds d’investissement que nous voulons mettre en place permettra de financer des actions de développement. Nous nous en servirons par exemple pour créer des activités génératrices de revenus ainsi que de petites et moyennes entreprises. A Aného, nous n’avons que des lycées. Et après le BAC, les jeunes qui n’ont pas de parents à Lomé où a Kara (les deux villes qui abritent les universités publiques du Togo, NDLR) arrêtent leurs études et deviennent des conducteurs de taxi-motos ou des vendeurs de carburant frelaté. Pourquoi les filles et fils d’Aneho ne peuvent-ils pas contribuer à créer une Université privée pour permettre à tous ceux-là de poursuivre leurs études ? L’objectif premier du fonds d’investissement est d’abord d’acheter des actions. Ces actions vont ensuite générer des revenus. A la fin de l’année, s’il y a des bénéfices sur ce que nous avons investi, on retourne leur argent à ceux qui ont payé les actions. Il s’agira donc de se doter des moyens de notre propre développement.

Et les natifs de la ville vivant à l’étranger, c’est à dire ceux de la diaspora, quel peut être leur apport pour sa réussite ?

Nos frères de la diaspora nous ont fait comprendre qu’ils sont prêts à participer à ce fonds d’investissement. C’est pour cela qu’après discussion, le capital social que nous avons décidé de mettre en place au départ s’élève à 100 millions de Fcfa. Ce capital augmentera au fur et à mesure pour atteindre 1 milliard de Fcfa.

D’ailleurs l’initiative du Fonds est venue de ceux de la diaspora qui veulent contribuer réellement au développement de la localité dont ils sont issus. Vous savez, la ville de Kayes au Mali a été développée par la diaspora malienne. C’était un gros village au départ, mais si vous y allez aujourd’hui vous serez étonné de ce qu’il est devenu. C’est la même intention qui nous anime car, nous aussi nous pouvons apporter notre propre contribution pour le développement inclusif et endogène de la ville d’Aného et de ses environs.

Vous comptez fonctionner seul ou avec la participation de l’Etat ?

Non, l’Etat n’a rien à voir dans cette affaire. Je parle bien de l’association « Anehoviwo ». Tout ce que nous pouvons demander à l’Etat c’est de nous apporter de petits coups de pouce. Lorsque nous voudrions par exemple construire une université, un hôpital ou un centre de formation, que l’Etat nous aide, à travers notre mairie, à avoir un terrain pour pouvoir le faire, c’est tout. Mais le fonds lui-même est un fond purement « Anehoviwo ».

Quel sera le rôle des natifs d’Aneho vivant au Togo pour la réussite de ce projet ?

Il y a deux grandes Fondations à Aneho aujourd’hui. La Fondation Nana Ané et la Fondation Aquereburu. Avec l’élection d’Alexis AQUEREBURU comme maire de la ville d’Aneho, nous voulons ensemble réfléchir à ce que pourront justement apporter les natifs d’Aneho vivant au Togo à ce projet. Les statistiques indiquent qu’il y a des milliardaires à Aneho. Je ne donnerai pas tous les noms, mais il y a des personnes nanties à Aneho. Pourquoi ne participeraient-elles pas à ce Fonds ? Voilà pourquoi nous avons invité tout le monde lors de l’Assemblée générale extraordinaire de la fois dernière.

Mais il n’y a pas que ceux qui sont nantis qui peuvent apporter leur contribution à ce fonds d’investissement. Il est également réservé à ceux qui ont de petits moyens. Même si c’est 50 000 fcfa qu’un natif de la ville a, il peut y participer en achetant 5 actions. En somme, le fonds d’investissement est réservé à tous ceux qui sont d’Aneho en tenant compte de leur moyen et de leur capacité à participer au projet.

Un mot de fin ?

Je voudrais d’abord remercier tous ceux qui se donnent pour participer au développement de la ville d’Aneho. Cette ville, qui a été créée depuis 300 ans, a son histoire que nous ne pouvons pas laisser disparaître. Il ne sert à rien d’être divisés. Conjuguons plutôt nos efforts pour faire en sorte que la belle cité d’Aneho retrouve son éclat d’antan, sa lueur et son engouement pour que nous puissions venir y passer du temps plus souvent. Aujourd’hui beaucoup de gens délaissent Aneho pour aller en week-end à Kpalimé. Or, Aneho est à moins de 50 km de Lomé. Pourquoi ne pas penser à en faire une ville touristique pour attirer les gens pendant les week-ends et leur permettre d’être au bord de la plage, du lac, et passer de bons moments. Nous avons tous les atouts qu’il faut pour y arriver. C’est à nous de le faire. J’invite alors les natifs d’Aneho et ses environs, qu’ils soient jeunes ou vieux, à participer massivement à ce fonds d’investissement.