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(Société Civile Média) – Retrouver une vie normale après plusieurs années d’incarcération, c’est possible. Coco De Kofi Woenagnon en est l’illustration parfaite. Libéré après presque trois ans et demi derrière les barreaux, ce jeune homme a su trouver la force nécessaire pour vaincre stigmatisation, discrimination, abandon de sa famille et devenir un citoyen modèle. Avec son association, Solidarité Mondiale pour les Personnes Démunies et les Détenus (SMPDD), il se bat, depuis 2013 pour l’amélioration des conditions de vie des détenus et leur réinsertion.

« Parti de rien, d’un prisonnier, je suis devenu une référence, un modèle », aime dire Coco De Kofi qui, aujourd’hui, voit s’accomplir l’ambition qu’il caressait au fond de sa cellule lorsqu’il était encore prisonnier : celle de devenir un acteur important qui servira la société à sa libération.

Capture d’écran du clip vidéo d’une chanson de Coco De Kofi

Le pari n’était pourtant pas gagné d’avance pour cet ex-détenu. Arrêté en 2008, Coco De Kofi a, comme d’autres prisonniers, vécu l’enfer des milieux carcéraux du Togo.

« J’ai passé 1277 jours à la prison civile de Lomé. En effet, le premier jour de mon arrivée en milieu carcéral, je m’étais dit que c’était fini pour moi. On m’a envoyé dans une cellule de 5m² où il y avait plus de 100 détenus. Il n’y avait pas d’espace pour dormir. Et pour pouvoir se maintenir dans la salle, au moment où certains détenus restaient débout, d’autres étaient assis et le reste couché. Ainsi de suite, on s’échangeait de position », raconte-t-il dans une interview accordée à nos confrères de Focus Infos.

« A peine pouvait-on manger. On avait un repas dans la journée avec une qualité et quantité déplorable. L’accès aux soins médicaux était compliqué. Délaissé par ma famille, je n’ai pas eu de visite durant mon séjour. Ça n’a pas du tout été facile pour moi. Et je ne souhaite pas la prison à mon pire ennemi », se souvient-il.

Loin de se laisser gagner par le découragement, Coco De Kofi réussit, grâce au soutien de sa mère, à se faire à l’idée qu’il y a une vie après la prison. Cela lui a permis de regagner espoir et, mieux encore, de croire fermement en sa chance d’être utile à la société après la prison.

« J’ai alors commencé à remettre en cause mes différents défauts et à mieux me comporter. Au cours de mes causeries avec mes codétenus, je leur faisais part de mon ambition et les encourageais à croire à une vie meilleure après la prison », fait-il savoir.

La musique au service des détenus !

Libéré en novembre 2011 et laissé à lui-même, sans moyen ni aucune formation, Coco De Kofi s’est alors tourné vers la musique qu’il a découvert et développé au cours de son séjour en prison. En 2012, le jeune homme est parvenu, non sans difficultés, à réunir un peu d’argent pour rentrer en studio et faire sortir une chanson, mais pas n’importe laquelle. La chanson, intitulée « souvenez-vous des prisonniers », était exclusivement dédiée aux détenus et visait à attirer l’attention de l’opinion sur leur situation. Grâce aux médias, le chef d’œuvre parvient jusqu’aux oreilles des autorités qui invitent Coco De Kofi à faire une tournée de spectacle dans les 13 prisons du Togo.

Coco De Kofi dans sa micro-entreprise de production et de vente de glaçons mise en place grâce à l’appui d’YWCA-Togo

Mais l’engagement du jeune homme ne s’arrête pas là. Après cette  tournée, il organise en 2013 un concert de solidarité au profit des détenus. Un concert dont les recettes ont servi à acheter des produits pharmaceutiques et à renforcer les infirmeries des prisons du Togo.

« Le public a répondu favorable à cette cause. Suite à ce concert, beaucoup m’ont conseillé de créer une structure si je veux continuer à recevoir du soutien pour les détenus », fait-il savoir.

De la musique aux droits de l’homme

C’est ainsi que naquit l’association SMPDD qui s’assigne la mission de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des personnes démunies et des détenus, à travers des services d’assistance, d’insertion et de réinsertion socio-économiques et des plaidoyers dans une approche collaborative avec tous les acteurs du développement.

Avec son association qui renforce un peu plus son engagement aux côtés de ses anciens ‘camarades’, Coco de Kofi a eu à organiser des spectacles qui lui ont permis de faire des plaidoyers auprès des autorités et de recevoir de l’aide pour sa cause.

Le siège de SMPDD abritant également le centre de transit pour ex-détenus

Outre l’association, le jeune homme a également mis en place un centre de transit dans lequel sont accueillis et hébergés les détenus. Avec le soutien des organisations de défense des droits de l’homme et l’appui financier de l’Union Européenne et de certaines ambassades, Coco de Kofi et son centre ont permis à plusieurs prisonniers de se réinsérer après leur libération.

« Aujourd’hui, j’ai une cinquantaine de détenus pour la réinsertion et une quinzaine de dossiers de médiation. Par ailleurs, à ce jour, plus de vingt ex-prisonniers ont réussi à se réinsérer, à avoir leur propre travail, famille et à être autonomes. Seulement deux ont récidivé. Avec ce résultat qui ne cesse de s’améliorer, je peux conclure que la réinsertion dans la vie civile est possible après la prison », se réjouit Coco De Kofi.

Devenu aujourd’hui une référence en matière de défense des droits des détenus, Coco De Kofi Woenagnon est, à n’en point douté, l’exemple parfait d’une réinsertion réussie.

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