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(Société Civile Média) – Dans le canton de Siou, basé dans la préfecture de Doufelgou, où elle règne, c’est la première femme à occuper le siège d’un chef canton. Et elle fait ses preuves. D’une autorité maternelle, elle dirige son canton et la population lui voue respect et confiance.

Barandao Agnelé, c’est une mère de famille et le chef de toute une population. Et ça fait plus de 15 ans qu’elle occupe le siège de Chef Canton. Pourtant, rien ne l’y prédestinait.

Unique femme d’une fratrie composée essentiellement d’hommes, l’avenir de Mme Barandao était prévisible partout…sauf sur un trône qui comptait autour de lui plusieurs potentiels successeurs masculins.

Fille de l’un des anciens chefs canton de la localité, Mme Barandao était plutôt tournée vers un avenir professionnel plus « compatible » à son genre. Après des études primaires et secondaires, cette dame a plutôt opté pour une carrière de dactylographe mais son défunt père ne l’entendait pas de cette manière.

« Mon père me disait toujours qu’il souhaitait que je lui succède à sa mort. Je n’ai jamais compris pourquoi. Pour lui, j’étais la seule personne parmi ses enfants à pouvoir occuper le trône. Dans ses derniers jours, il le répétait sans cesse mais je n’y ai jamais accordé de l’importance. J’étais plus préoccupée à aider mon père à recouvrer la santé que de parler des questions de trône qui ne m’intéressaient d’ailleurs pas », relate Dame Barandao.

Un coup du destin

Hasard ou providence ? Alors que la jeune femme s’éloignait du trône, les circonstances l’y ont inévitablement rapprochée. Après le décès de son père, quatre chefs cantons se sont succédé mais curieusement tous ont délaissé le trône sans aucune explication.

 « Personne ne comprenait ce qui se passait. Mes prédécesseurs étaient tous des hommes mais on se posait la question de savoir pourquoi ils ne pouvaient –ou ne voulaient- pas diriger le canton », se rappelle-t-elle encore.

Face à la situation, le président de la République d’alors, Feu Gnassingbé Eyadéma, décide de bousculer les codes. « Le président s’est dit puisque les hommes n’arrivent pas, essayons alors avec une femme », rapporte la Chef Canton qui se rappelle encore des conditions de sa nomination.

« J’étais à Atapkamé lorsque la nomination est tombée. J’exerçais au sein du CHR de la ville en tant que secrétaire dactylographe lorsqu’on m’a fait l’annonce ».

Heureuse de se retrouver sur le trône ? Madame Barandao pense plutôt que c’est une mission, un appel, un sacerdoce auquel elle ne peut renoncer et elle s’y consacre avec amour et bienveillance.

« Si mon père l’a toujours ressassé et que c’est arrivé malgré tout, je me dis que ce n’est pas fortuit. J’assume mon destin », clame-t-elle.

Aujourd’hui, cela fait 15 ans que Barandao Agnelé est à la tête de ce canton qui regroupe 15 villages, mais les années n’ont en rien affecté ses aptitudes de gouvernance. Avec l’aide des jeunes et des femmes de la localité, cette mère de famille qui se définit comme une personne sociable, humble et bienveillante, coordonne, organise et dirige les activités dans le canton. Pour elle, cette fibre maternelle qu’elle répand autour d’elle, cette humilité dont elle fait preuve et cette aptitude à collaborer avec tout le monde sans distinction constituent sa force.

Edem PEDANOU (Portrait réalisé dans le cadre du projet « Egbé Nana » du Pro-CEMA)