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(Société Civile Média) – Au Togo, de plus en plus de femmes occupent de hautes fonctions. Cependant, Brigitte Adjamagbo Johnson est la première femme politique togolaise qui a eu le cran d’aller à la conquête de la magistrature suprême en 2010. Portrait de cette femme remarquable qui nous montre jusqu’à l’évidence, qu’il n’y a pas de fatalité liée au sexe dans les vocations et les compétences.

A quatre ans, lorsqu’elle fut désignée à Bassar pour offrir un bouquet de fleurs au feu-Président Sylvanus Olympio, en visite officielle dans la localité, la jeune Brigitte dont les parents étaient engagés politiquement, venait de poser les prémisses de son destin. Elle s’en remémore, souriante.

Avec une éducation stricte de parents pointilleux, elle se forge très vite une personnalité. Motivée, déterminée et passionnée. Sa formation de juriste à l’Université de Lomé sanctionnée par une maîtrise, viendra décupler sa passion pour les droits humains. Le déclic !

De retour dans son pays après un long périple à Paris où elle décroche un DEA en droit privé à l’université de Paris V, puis un second DEA en droit privé et droit comparé à l’université de Paris I, la jeune diplômée d’alors est propulsée au-devant de la scène politique.

Début des années 90, la fièvre de la démocratie. Pour la femme engagée qu’elle aspirait devenir, Mme Adjamagbo ne manque pas l’occasion de s’inviter dans la lutte pour la liberté.

Elle deviendra membre fondateur de la CDPA, premier parti politique d’opposition créé au Togo dans la clandestinité. « Appartenir à ce parti a été révélateur. Je ressentais déjà cette frustration, cet embrigadement de la liberté que je vivais difficilement. Je ressentais comme un appel… », confie Mme Adjamagbo.

Son engagement et sa disponibilité vont crescendo, les responsables du parti la remarquent, et très vite, les responsabilités s’accumulent …

En 1991, elle est élue au poste de Rapporteur-Général du Bureau Provisoire de la Conférence nationale souveraine. Elle a également siégé au Haut Conseil de la République (HCR), le Parlement de transition, avant d’être nommée Ministre du Bien Être social, des Droits de l’homme et de la Solidarité nationale dans le 1er Gouvernement de Transition.

L’engagement social au-delà du politique

Au même moment qu’elle vit sa passion politique, l’engagement social de Brigitte Adjamagbo ne faiblit pas. Elle milite pour la démocratie et les droits de l’homme dans plusieurs organisations de la société civile avec pour point de départ le Collectif des Associations féminines (CAF) qui a été à l’avant-garde de la lutte pour la démocratie aux côtés des partis politiques d’opposition.

Sortie du gouvernement, après l’attaque contre la primature en décembre 1993, elle crée avec un groupe de femmes de tous bords politiques, le Groupe d’action et de réflexion Femmes, Démocratie et Développement (GF2D), dont elle est la Secrétaire Générale jusqu’en 1997.

« Une femme politique doit d’abord faire preuve d’engagement c’est fondamental, il faut prendre part à la gestion des affaires de la cité et contribuer à la faire avancer », se justifie la juriste.

Alors qu’elle enseignait à l’Université de Lomé, elle assurait parallèlement ses responsabilités au GF2D. La passion pour les droits des femmes prend le dessus. Elle demande une mise en disponibilité pour exercer pleinement en tant que Coordonnatrice de WILDAF/FEDDAF (Femme Droit et Développement en Afrique), un réseau sous régionale pour l’Afrique de l’ouest. Au sein du réseau, Mme Adjamagbo a joué un rôle clé dans le plaidoyer qui a conduit l’Union africaine à adopter en 2003 le Protocole à la Charte africaine des Droits de l’homme et des peuples relatif aux Droits des femmes en Afrique.

« Faut pas croire que tout est rose », lance Brigitte Adjamagbo à celles qui voudraient s’identifier à sa personne ; « c’est un quotidien de combats, de persévérance, de défis. Il y a des moments de faiblesses, de questionnements, de lassitude… mais après il faut se ressaisir pour contribuer à construire une société juste et prospère ». C’est d’ailleurs pour cela que Brigitte Adjamagbo arbore fièrement la couleur rose dans presque tous ses accoutrements. « J’aimerais contribuer à donner l’occasion à tous les citoyens de voir la vie en rose », lance-t-elle, amusée. Un défi !

Edem PEDANOU (Portrait réalisé dans le cadre du projet «Egbé Nana» du Pro-CEMA)