(Société Civile Média) – Inventive et assoiffée de défis, entrepreneure, Mablé Agbodan incarne la lutte pour l’émancipation de l’artisan africain.

Les jeux d’enfants finissent très souvent par révéler de grandes prédispositions naturelles. L’histoire de Mablé Agbodan illustre parfaitement cette réalité. Chef d’entreprise et grande passionnée d’art, elle en est arrivée à développer une attirance pour les œuvres de l’esprit, alors que son parcours académique de secrétaire de direction ne l’y prédestinait guère. Quand on a des parents fonctionnaires et qu’on a opté soi-même en premier pour une trajectoire qui mène droit à une carrière dans l’administration, c’est dire que la chose artistique ne devrait être a priori qu’un passe-temps. Mais est-il également que la nature donne la possibilité à tout humain de changer le cours de son destin. Ce pari, Mablé Agbodan l’a gagné. Définissant ses aptitudes artistiques comme des réflexes innés, elle fait appel à la nostalgie, celle de la tendre enfance. « Mes sœurs, quand elles vont se coiffer, quand la coiffeuse ne les coiffe pas comme elles le veulent, elles préfèrent que Mablé les coiffe à la maison », se rappelle-t-elle.

Plus qu’un plaisir d’enfant, Mablé Agbodan va faire de ce don un choix de vie. Peu à peu, les voies se dégagent, au point qu’elle s’envole pour l’étranger. Loin de sa terre natale, elle étale son génie. Travailleuse, Mablé ne met pas longtemps pour se fondre dans le monde des arts.Elle voyage et multiplie les rencontres. Ses œuvres elles, tapent dans l’œil de plus d’un.

mablé agbodan 2

Mais alors que tout se passe bien pour elle et qu’elle est promise à une belle carrière en Occident, Mablé Agbodan décide de revenir en Afrique. Des voyages en Tunisie, puis, la voilà qui regagne sa terre natale, le Togo. Un retour aux sources qu’elle justifie, persuadée que le bonheur ne se trouve pas toujours que chez les autres : «J’ai toujours nourri ce rêve de pouvoir un jour faire la même chose chez moi. Mais à ce moment-là, les moyens n’étaient pas au rendez-vous. Du moment où l’envie a été sentie, j’ai commencé à mettre les choses en place », fait-elle savoir. Cette carte s’avère la bonne. Le rêve est concrétisé par la création de MILLE COULEURS AFRICA, une structure d’architecture d’intérieur de haute gamme, filiale de la firme anglaise, MILLE COULEURS LONDON. Depuis, elle n’a qu’une seule motivation, reproduire au Togo ce qu’elle a fait ailleurs, en se servant largement des richesses de la tradition africaine. Dans le même sillage, suit, en 2014, MILLE ARTS, une galerie d’arts virtuelle à travers laquelle cette visionnaire offre une vitrine aux artistes d’Afrique francophone.

Ambitieuse certes, Mablé Agbodan n’est pas pour autant le genre à s’accommoder des beaux discours. Elle est de plain-pied dans l’action. Plutôt engagée en faveur de l’émancipation de l’artisan africain, elle est à l’origine de la création du Club des Métiers d’Arts et d’Artisanat à Lomé. Constamment mue par le désir de servir son continent, Mablé veut, par ce créneau, emmener ses pairs d’Afrique, ceux du Togo en premier, à l’école du design, cette touche professionnelle qui, le plus souvent, manque aux œuvres des artisans africains, et surtout faire émerger le secteur des clichés qui en font , dans nos sociétés, le recours de ceux qui ont raté leur cursus scolaire. Elle en est d’ailleurs convaincue : « nos artisans ont de l’or dans la main, mais eux-mêmes ne le savent pas.Je crois qu’il faut une grande sensibilisation pour leur faire comprendre leur propre valeur ».

Plus déterminée que jamais, la vision de Mablé pour les années à venir est de faire en sorte que les productions artisanales d’Afrique rivalisent de qualité avec ses concurrents des autres parties du monde.

Edem PEDANOU (Portrait réalisé dans le cadre du projet « Egbé Nana » du Pro-CEMA)