Togo-Portrait: Rolande AZIAKA, l’exception féminine dans un patronat de presse genré

(Société Civile Média) – Journaliste très tôt, les conditions d’existence déterminent le destin de Rolande Aziaka, exception féminine dans un patronat de presse dominé par la gent masculine. « Quand j’ai commencé ce travail, les gens me trouvaient comme une curiosité et ne me croyaient pas capable d’y arriver. Et, en dépit de nos avancées, beaucoup de gens restent dubitatifs ; c’est dire le chemin qui reste encore pour que les femmes soient acceptées dans les milieux professionnels», analyse-t-elle.

Aujourd’hui dirigeante de la chaîne Web télévision Eco Conscience TV, Rolande a été très tôt tournée vers le journalisme par sa mère qui entretient les passions de sa fille. «Quand j’étais sur les bancs, ma mère m’aidait déjà à faire des émissions radio », confie-t-elle. Grâce à sa mère, elle fit tout : la télé, la radio et la presse complète. Sauter le pas et en faire sa profession ne fut alors qu’une formalité.

Passée par la télévision privée TV7, c’est à la RTDS que Rolande Aziaka, animatrice d’une émission sur l’environnement, eut l’idée de créer un web télé destinée à la sensibilisation des jeunes sur les questions environnementales. « A la RTDS, mon émission était destinée à créer la conscience écocitoyenne chez les jeunes, en particulier les élèves des établissements scolaires », raconte Rolande Aziaka, un brin nostalgique de ses premières expériences. Son professionnalisme et son engagement vert-écolo tapa dans l’œil des partenaires au développement.

« Après deux productions, mon projet trouva un fort intérêt auprès du SCAC (Service de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France), qui jugea de son originalité dans un espace médiatique togolais non seulement très genré, mais surtout dominé par le journalisme politique », selon la directrice d’Eco Conscience TV.

Appui technique et financier ont fait le reste. Aujourd’hui Eco Conscience est une réalité médiatique incontournable et enviable sur le terrain. Le concept est double : «Faire une entreprise de média devant tout d’abord alimenter des contenus de formation et de sensibilisation à l’écologie et à des comportements écocitoyens, dit-elle ; puis, montrer la voie qu’une forme de journalisme est possible pour éduquer et former en vue de l’établissement d’une société démocratique ».

La réussite est sans équivoque : « Aujourd’hui, c’est une initiative qui a pignon sur rue au sein de l’opinion ».

Rolande AZIAKA
Rolande AZIAKA

Engagement social

Quelquefois, le journalisme ne se passe de l’activisme. A l’engagement écolo, Rolande Aziaka ajoute un engagement social. Ancienne activiste des droits de l’Homme à Amnesty International, membre de Welfare, une organisation tanzanienne spécialisée dans la lutte contre la désertification et les questions environnementales, c’est toujours naturellement que la directrice d’Eco Conscience TV se voit propulsée cette année par ses pairs africains comme la représentante de l’Afrique pour le compte de la société civile à la Conférence des Nations Unies sur l’environnement.

« Pour moi, c’est une joie et une satisfaction avec ce poste », dit-elle. « Le défi est immense, car je côtoie les grands de ce monde, et ma mission est de faire entendre la voie de la société civile dans les grandes instances » afin que les politiques et les entrepreneurs prennent consciences de l’urgence des sujets relevant du climat et de la dégradation de l’environnement.

« La désertification n’est pas qu’une question d’avancée du désert, c’est aussi, avance-t-elle, concernant l’Afrique, le continent le plus touché, la vulnérabilité des populations à la base, la dégradation des sols et des océans », ajoute Rolande Aziaka.

L’ascension sociale de cette journaliste femme ne passe pas inaperçue. « Je reçois beaucoup de messages dans lesquelles de nombreuses jeunes filles me demandent d’être leur mentor », dit-elle en toute modestie.

Elle n’ignore pas l’importance de son statut. «Je dois montrer aux femmes venant de milieux pauvres qu’on peut naitre dans une famille modeste, où tout est contre votre évolution, mais réécrire sa propre histoire et en même temps devenir un exemple pour une génération consciente », souligne-t-elle.

Rolande Aziaka n’est même pas au milieu du gué. « Je sais que je suis très jeune et que je peux faire encore de grandes choses ». Dont acte.

Edem PEDANOU (portrait réalisé dans le cadre du projet « Egbé Nana » du Pro-CEMA)

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