Monitoring

Togo : Le pluralisme des médias publics, objet d’une étude de trois organisations de la société civile

(Société Civile Média) – Seulement 11% des acteurs des formations politiques et Organisations de la société civile (OSC) togolaise sestiment que les médias publics offrent un accès équitable aux acteurs de la vie sociopolitique du Togo. Au même moment, 52% de ces acteurs pensent que les médias publics n’assurent pas un accès équitable à leurs antennes en ce qui concerne les émissions politiques (notamment les débats politiques contradictoires) contre 44% pour les émissions d’information et 20% pour les autres émissions. Ces données sont une partie des résultats d’une étude dénommée « Monitoring des médias publics », étude menée conjointement par le Centre de Documentation et de Formation sur les Droits de l’Homme (CDFDH), le Center for Research and Opinions Polls (CROP) et Alternative Leadership Group (ALG).

Les résultats de cette étude, qui ont été rendus public ce mardi à Lomé, sont repartis en deux volets. Le premier volet est consacré aux résultats issus du monitoring des émissions ciblées alors que le second volet réunit les perceptions des formations politiques, des organisations de la société civile et des médias enquêtés.

A en croire les trois organisations qui ont mené les enquêtes, la démarche utilisée pour aboutir à ces résultats a consisté d’une part à suivre le journal et des émissions débats sur les médias publics (TVT, Radio Lomé, Radio Kara) et privés (New World TV, Victoire fm). D’autres parts, des acteurs sociopolitiques, les responsables des médias, l’Observatoire Togolais des Médias (OTM) et la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) ont été enquêtés sur leurs perceptions de l’accès aux médias officiels des différentes tendances sociopolitiques. Ainsi donc, pendant six mois (octobre 2017-avril 2018), 678 émissions ont été monitorées, 27 formations politiques et OSC (Organisations de la Société Civile) enquêtées et 4 responsables de médias interviewés.

De ces résultats, il ressort également que le temps consacré par les médias publics aux reportages sur les activités des acteurs du pouvoir est le triple de celui consacré à l’opposition.  De même, les médias publics accordent moins de temps de reportages aux acteurs politiques que les médias privés. L’étude révèle aussi une absence des acteurs politiques dans les débats sur les médias publics et fait savoir que seulement 18% des acteurs sociopolitiques ayant participé à des débats au cours des émissions observées étaient sur les médias publics, contre 82% sur les médias privés.

Par ailleurs, 10 des 27 formations politiques et/ou OSC enquêtées ont affirmé qu’elles n’ont jamais été invitées par les médias publics aux émissions politiques. Et 9 de ces 10 formations politiques sont de l’opposition. En outre, 8 formations politiques et OSC enquêtées sur 10 estiment que les médias publics n’assurent pas un traitement équitable aux représentants des différentes formations politiques et sociales lors des débats contradictoires et que les acteurs politiques du pouvoir sont plus favorisés.

En ce qui concerne le degré de satisfaction de l’accès qu’offre les médias en question aux acteurs des partis politiques au pouvoir, il est en moyenne de 4,1 sur une échelle de 1 à 5 contre 1,5 pour les acteurs politiques de l’opposition. Pour les acteurs des OSC, il est de 3,1 et de 4,0 pour les acteurs gouvernementaux.

En somme, de la fréquence de couverture gratuite, en passant par les problèmes qu’entraîne la ligne éditoriale des médias publics et les actions menées pour pointer du doigt les problèmes liés à leur accès, tous les aspects ont été pris en compte par cette étude.

Recommandations à l’endroit de l’Assemblée nationale, du ministère de la communication, de la HAAC et des médias officiels

Les médias officiels étant très sollicités dans le jeu politique, leurs activités devraient garantir un accès équitable à tous les courants. Les trois organisations de la société civile initiatrices de l’enquête recommandent donc à l’Assemblée nationale et au ministère de la Communication l’adoption d’une loi pour transformer les médias officiels en office, afin de renforcer leur autonomie éditoriale et financière. Elles recommandent également à ces deux entités la révision du mode de désignation des membres de la HAAC en accordant au chef de l’Etat, au parlement et à l’organisation la plus représentative des journalistes et techniciens de la communication le droit de désigner trois membres chacun.

A la HAAC, il est recommandé la vulgarisation de l’arrêté portant modalités pratiques d’accès équitable aux médias officiels et l’achèvement du processus de mise en place de la co-régulation du secteur des médias avec l’OTM. Le CDFDH, le CROP et ALG suggèrent par ailleurs aux médias officiels d’organiser régulièrement des émissions de débats contradictoires et y inviter des acteurs sociopolitiques critiques envers le pouvoir, et pourquoi pas, de rendre opérationnel un mécanisme d’auto-monitoring des médias publics en vue de s’assurer d’accorder un temps équitable à toutes les tendances sociopolitiques du Togo.

« Ce rapport n’est pas une fin en soi. Il servira dans les prochaines étapes de base pour un plaidoyer auprès du gouvernement, de l’Assemblée nationale et des institutions pertinentes. Notre objectif le plus important, et c’est en mon sens le plus judicieux, c’est qu’à travers les pistes de solutions proposées, l’effectivité de la démocratie dans notre pays soit plus proche que jamais », a souligné Godwin Etsè, coordonnateur des programmes du CDFDH.

 

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