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Togo : Caractéristiques, missions, difficultés, relations avec l’Etat, découvrez la synthèse de la cartographie des organisations de femmes

(Société Civile Média) – L’Etat togolais n’arrive pas à accompagner suffisamment les Organisation de la Société Civile en général et les organisations de femme en particulier dans leurs actions. C’est ce que révèlent les résultats de la cartographie des organisations de femmes commanditée par le Programme de Consolidation de l’Etat et du Monde Associatif (Pro-CEMA). Cette cartographie indique également que le dialogue entre les organisations féminines et l’Etat demeure insuffisant  au  niveau  central. En somme, elle a permis de mettre  en  exergue  les  diverses  dynamiques des organisations féminines et de saisir ce qui fait d’elles des acteurs de développement  et/ou des prestataires de service. Découvrez le document de synthèse de cette cartographie des organisations de femmes dont la restitution a été faite mercredi à Lomé.

 

DOCUMENT DE SYNTHESE DE LA CARTOGRAPHIE DES ORGANISATIONS DE FEMMES

RESUME EXECUTIF

Au  Togo,  la  prolifération  des  organisations  de  la  société  civile  notamment  des  organisations  féminines  prend véritablement son essor à partir des années 90. Malgré les blocages et contraintes auxquelles sont confrontées ces organisations,  il  existe  aujourd’hui  une  société  civile  très  diversifiée  et  dynamique.  Les  organisations féminines interviennent dans tous les secteurs de développement et ont placé au centre de leurs activités la prise en compte du genre. Elles ont réussi à s’imposer comme acteurs de développement et mènent leurs activités sur l’ensemble du territoire togolais dans un cadre légal qui certes, est devenu insuffisant et vague car ne prenant plus  en  compte  leurs  besoins  réels.  Leur  évolution  d’une  association,  en  passant  par  une  Organisation Non Gouvernementale (ONG), vers un réseau et une faîtière n’est pas prise en compte par la loi du 1er juillet 1990 régissant les OSC au Togo. La société civile togolaise travaille actuellement dans un environnement caractérisé par  une  crise  politique  et  socio-économique  qui  frappe  le  pays  mettant  ainsi  au  rouge  les  indicateurs de développement et créant un contexte social avec de nombreux défis à relever. La société civile, en raison de ses engagements vis-à-vis de la population togolaise, joue un rôle prépondérant dans la résolution de cette situation.

Nombreux sont les enjeux sociaux dans lesquels sont engagées la société civile en général et les OSC féminines en particulier. On peut ainsi citer :

  • Les problèmes fonciers liés à l’accaparement des terres et à la problématique de l’accès à l’héritage pour les femmes,
  • La cohésion sociale et la sauvegarde du patrimoine national,
  • L’emploi des jeunes etc.

Face à ces enjeux, en tant que catégorie d’acteurs engagée dans le champ du développement, la société civile entend  apporter  sa  contribution  à  la  résolution  des  problèmes  qui  se  posent  au  pays.  Les  OSC  sont  ainsi engagées  dans  le  processus  d’amélioration  des  conditions  de  vie  des  citoyens  et  ce  à  travers  différents segments de la vie publique au rang desquels on trouve la mise à jour du cadre légal régissant sa création et son fonctionnement devenu insuffisant et inadapté.

Dans le cadre de leur mission, l’observation des pratiques des OSC laisse apparaître des acteurs dynamiques en matière  de  création  d’espaces  de  dialogue.  Les  organisations  féminines  se  regroupent  au  sein  de  cadres  de concertation organisés et animés par des réseaux thématiques sur des sujets d’intérêt commun. Actuellement, il existe au Togo une seule organisation féminine ayant vocation à fédérer réseaux, associations et ONG féminines au  niveau  national  en  qualité  de  faîtière  (4ème  niveau)  aux  côtés  de  celles  à  caractère  mixte  opérant traditionnellement  dans  le  pays.  Il  s’agit  de  la  Fédération  des  Organisations  Non  Gouvernementales  au  Togo (FONGTO),  l’Union  des  Organisations  Non  Gouvernementales  au  Togo  (UONGTO),  la  Faîtière  Nationale  des Réseaux Régionaux d’ONG et Associations de Développement du Togo (FNRR).

Au-delà de ces efforts de structuration, il faut relever que le dialogue entre les organisations féminines et l’Etat demeure  insuffisant  au  niveau  central  et  se  résume  à  des  invitations  ponctuelles  venant  des  ministères sectorielles  et  réunissant  les  OF  (Organisations  Féminines)  autour  d’activités  importantes  comme  la commémoration d’évènements (journées internationales de la femme, de l’enfant africain et autres) ou, parfois, pour  l’élaboration  et  la  validation  de  documents  comme  la  « Politique  Nationale  de  l’Equité  et  de  l’Egalité  de Genre » (PNEEG). Au niveau local, les OF collaborent avec les structures déconcentrées dans la même logique, sans  l’existence  de  cadres  de  concertation  formels.   Malgré  cette  insuffisance  de  dialogue  et  de  cadres  de concertation  aux  deux  niveaux  (central  et  local),  les  organisations  féminines  sont  reconnues  par  les  autorités étatiques  et  les  collectivités  locales  en  tant  qu’entités  contribuant  par  leurs  actions  au  développement. Bien qu’avec  des  limites,  l’Etat  a  mis  en  place  un  mécanisme  pour  impliquer  les  OSC  (dont  les  organisations féminines) dans l’élaboration, le suivi et la mise en œuvre des politiques et programmes publics.

Il faut noter que, tant au niveau central que local, l’Etat n’arrive pas à  accompagner suffisamment les OSC en général et les OF en particulier dans leurs actions faute de moyens. En plus de mener des activités sur fonds propres, les organisations féminines sont appuyées généralement par des Partenaires Techniques et Financiers (PTF). D’où une relation étroite entre les OF et les PTF du fait de la nécessaire justification des ressources mises à  leurs  dispositions.  Ce  rapport/lien  n’est  pas  observé  entre  les  OF  et  les  structures  étatiques  dans l’accomplissement de leur mission sur  le terrain. L’inexistence de cadres de dialogue formel entre les OF et les PTF  (en dehors  de  la collaboration dans  le  cadre des  financements  obtenus) trouve  en  partie  son  fondement dans la situation politique du pays marquée par le départ de certains bailleurs depuis plusieurs années.

Au  niveau  des  caractéristiques,  les  organisations  féminines  togolaises  sont  diversifiées  et  sont  réparties  en quatre niveaux de structuration.

Le  premier  niveau  est  celui  des  organisations  féminines  de  base  (associations)  d’existence  plus  récente, légalement enregistrées (la plupart disposent d’un récépissé). Globalement, elles opèrent dans les domaines de la  gouvernance,  de  la  santé,  de  l’éducation,  de  l’environnement,  et  de  l’assainissement.  Plus  spécifiquement, leurs interventions, en majorité dans plus de trois domaines, font d’elles des OF généralistes sans spécialisation dans un domaine spécifique. Elles deviennent de ce fait opportunistes, à la recherche de financement auprès des PTF pour pouvoir réaliser leurs actions. Excepté pour ce qui concerne le genre puisque toutes les OF enquêtées (tous niveaux de structuration confondus) sont spécialisées dans ce secteur. Les OF disposent pour la plupart d’un siège autonome, d’un minimum de personnel mais comptent beaucoup sur le  travail et la contribution de leurs  membres  bénévoles  et  des  volontaires.  Elles  sont  confrontées  à  des  problèmes  de  financement et ont d’importants besoins en renforcement de capacité.

Les  organisations  féminines  de  deuxième  niveau  (ONG)  ont  une  existence  plus  ancienne  et  sont  plus spécialisées avec une forte concentration dans la région maritime, mais sont présentes dans toutes les autres régions.  Elles interviennent surtout dans les domaines de l’éducation, la santé, des droits humains, de l’enfance en difficulté et des groupes marginaux. Cette catégorie d’organisation féminine se considère uniquement comme un  acteur  de  développement  bien  que  certaines  parmi  elles  mènent  des  activités  de  prestataires  de  services quand elles interviennent dans les domaines liés aux services publics comme la santé et l’éducation. Leur statut d’ONG  leur  est  conféré  par  un  agrément  après  deux  ans  d’activité.  Leur  adhésion  à  des  réseaux  est  très développée. Elles disposent d’un nombre important de personnel et de volontaires. Elles travaillent en partenariat avec  une  variété  de  bailleurs  de  fonds  bilatéraux,  multilatéraux,  et  ONG internationales dans  un  climat  assez concurrentiel.  Elles  se  caractérisent  également  par  des  besoins  en  renforcement  de  capacité  dans  divers domaines, et notamment en matière de communication.

Quant aux organisations de troisième niveau, elles sont constituées de réseaux thématiques et géographiques composés d’associations de base et d’ONG. Ces réseaux fonctionnent comme des ONG et mènent avec leurs membres des actions d’intérêt commun. Ceux qui ont une envergure régionale mènent leurs activités dans leur ressort territorial tandis que les réseaux thématiques interviennent pour la plupart dans plusieurs régions. Les réseaux  ont  très  peu  de  financement.  Leur  implication  dans  l’élaboration,  la  mise  en  œuvre  et  le  suivi  des politiques sectorielles est faible voire inexistante. Ceci est dû à l’inexistence de cadres formels de concertation Etat/réseaux,  corollaire  d’une  absence  de  communication  entre  eux  et  l’Etat.  Le  dialogue  est  quasiment inexistant. Les OF de troisième niveau comme celles du deuxième niveau ne se sentent pas dans l’obligation de rendre  compte  à  l’Etat  sur  leurs  activités  et  cette  situation  fait  l’objet  de  plaintes  récurrentes  de  la  part  des ministères sectoriels et de leurs services déconcentrés sur le terrain.

Le  quatrième  niveau  d’organisations  est  composé  des  faîtières  ou  plateformes  nationales.  Il  existe traditionnellement dans le pays quelques faîtières qui regroupent plusieurs OSC tous  statuts confondus. Il ressort de  l’analyse  qu’une  seule  organisation  féminine 3 est  considérée  comme  faîtière,  aux  côtés  de  celles traditionnelles, et son avènement est récent bien qu’elle existât en tant que réseau depuis plusieurs années. Elle fédère plusieurs organisations féminines malgré ses moyens limités venant d’appuis extérieurs et de ses fonds propres.  Ses  actions  couvrent  un  nombre  assez  représentatif  de  régions  du  pays  et  touchent  plusieurs domaines.  Elle  a  également  très  peu  d’interactions  avec  l’Etat  et  ces  interactions  se  limitent  souvent  à  la participation  à  des  ateliers  techniques  de  validation  de  documents  stratégiques,  bien  qu’elle  n’ait  pas  été associée à leur l’élaboration.

La  cartographie  des  organisations  féminines  permet  de  mettre  en  exergue  leurs  diverses  dynamiques,  et  de saisir  ce  qui  fait  d’elles  des  acteurs  de  développement  et/ou  des  prestataires  de  service.  Quel  que  soit  leur niveau de structuration, elles sont très diversifiées, incontournables et développent des initiatives variées dans différents domaines avec des appuis limités des PTF et souvent sur leurs fonds propres. Elles jouent les rôles d’éducateur  et  de  plaidoyer  à  travers  des  stratégies  de  sensibilisation,  de  formation,  d’information  et  autres  à l’endroit des communautés dans les domaines du genre, de la santé, des droits humains, de l’environnement etc.

 

RECOMMANDATIONS

 A l’attention des OF :

  • Développer un esprit de partenariat qui ne s’en tient pas uniquement à des invitations à des débats et échanges mais  à  la  mise  en  œuvre  d’actions  collectives  plaidoyers  et    Plusieurs organisations  se  plaignent  du  manque  de  collaboration  entre  elles  et  font  face  aux  mêmes problématiques. Elles gagneraient à mutualiser leurs ressources et moyens pour développer des actions efficaces et d’envergure ;
  • Elaborer des plans de communication interne et externe avec comme publics cibles l’Etat, les PTF, les autres OF et les populations. La diversité des OF et de leurs champs d’action est méconnue de tous ces acteurs ;
  • Poursuivre le  renforcement  de  leur  structuration  qui  permettra  de  disposer  d’une  faîtière  plus  apte  à représenter leurs intérêts.

A l’attention de l’ETAT

  • Mettre en  place  un  cadre  de  concertation  permanent  sur  le  genre  afin  d’institutionnaliser  un  cadre d’échange avec l’ensemble des OSC travaillant dans cette thématique, y inclut les OF puisqu’elles sont toutes actives dans le domaine. Ce cadre de concertation permettra aux OF de s’impliquer avec les AE au  niveau  de l’élaboration  et du  suivi  des  politiques  publiques  dans  le domaine.  Selon  les  entretiens menés, ce cadre de concertation est en discussion depuis une année ;
  • Communiquer davantage avec l’ensemble des OF, et pas uniquement les OF les plus connues, afin que ces organisations se sentent impliquées dans les processus d’élaboration des politiques publiques et dans la prise de décision stratégique. Cela permettra également d’instaurer un climat de confiance et d’assurer un niveau égal d’information pour l’ensemble des OF.

 

A l’attention des PTF :

  • Elaborer des  procédures  simplifiées  pour  les  OSC  qui  ont  peu  d’expérience  en  matière  d’appels  à propositions ;
  • Elaborer des critères spécifiques dans les lignes directrices des appels à proposition pour encourager les partenariats entre OF ;
  • Prendre en compte la diversité et la richesse des OF qui sont présentes et actives sur l’ensemble du territoire et disposent d’une forte orientation à la responsabilité sociale ;
  • Prévoir des activités de renforcement des capacités générales au bénéfice des OF pour la réponse aux AAP, la  gestion  de  projets    Et  ciblées  sur  l’élaboration  et  la  mise  en  œuvre  de  stratégies  de communication  (interne  et  externe),  c’est  l’un  des  besoins  importants  des  OF  et  stratégique  pour  le développement de leurs activités.
  • Prévoir un budget spécifique à allouer pour appuyer l’égalité de genre ;
  • Mettre en pratique l’ensemble des outils et mesures prévues par la Politique Nationale de l’Equité et de l’Egalité du genre.

 

 A l’attention du Pro-CEMA

 

  • Le Pro-CEMA a déjà prévu plusieurs activités ciblées sur les besoins des OF. Tout comme pour les PTF, le  Pro-CEMA  pourrait  également  contribuer  à  renforcer  les  capacités  des  OF  en  matière  de communication, en organisant des ateliers de visibilité des OF et en y conviant les PTF et les Acteurs Etatiques (AE). Ces ateliers permettront aux OF de travailler ensemble et renforcer leurs liens et aux PTF et AE de connaître la diversité des activités menées par les OF.

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