Religion et bien-être social au Togo: Regard du Pasteur Emmanuel Akakpo sur la planification familiale

(Société Civile Media) – L’homme de Dieu, en sa qualité de leader d’opinion, a-t-il un rôle à jouer en ce qui concerne la promotion de la planification familiale au sein de la communauté ? C’est la réponse à cette question qui fait l’objet de cette interview que nous a accordé le Pasteur Evangéliste Emmanuel Akakpo (photo) du Ministère chrétien « Jésus est vivant » de Tsévié (35km au nord de Lomé). Lisez plutôt !

Brenda ETSEY : Quand on dit « planification familiale », que pouvez-vous en dire ?

Pst Emmanuel Akakpo : La planification familiale implique l’espacement des naissances et englobe toutes les techniques dont peut faire usage un couple pour empêcher l’arrivée d’une grossesse avant que le dernier-né n’atteigne au moins ses 2 ans.

En tant qu’homme de Dieu, quelle est votre opinion sur la PF ?

Pour certains chrétiens, la planification familiale n’est pas une bonne chose parce que cela empêche pour un temps la femme de donner la vie. Et de même, il y a des pasteurs qui considèrent la planification familiale comme un péché. Pour ma part, cette façon de prendre les choses relève du manque d’information et de formation sur le sujet.

Pour revenir à la question, en tant qu’homme de Dieu, je ne suis pas contre la planification familiale. Certes, Dieu a dit dans sa Parole : « Allez, multipliez-vous et peuplez la terre ». Cependant, cet ordre divin est souvent mal interprété. L’usage des méthodes de planification familiale pour espacer les naissances, c’est tout comme l’on prend des médicaments pour se prévenir du paludisme ou toute autre maladie. Je trouve qu’il n’y a aucun mal à cela.

Par contre, tomber enceinte et prendre des produits pour ôter la vie de cet enfant, c’est un péché grave et c’est une toute autre chose. La planification familiale n’est pas dans cette vision.

Dieu approuve-t-il la planification familiale ?

Voilà une question intéressante ! (Rires…) Je dirai que dans Sa Sagesse, Il a établi un ordre naturel en ce sens. Le cycle menstruel de la femme n’est pas anodin ; sinon tout rapport sexuel pourrait entrainer une grossesse. Il y a des jours fertiles et des jours non fertiles. Ce n’est pas pour rien. Dieu lui-même a tout accompli.

Dans des familles, c’est souvent le mari qui s’oppose à la planification familiale. Vous êtes pasteur mais vous intervenez aussi dans des questions de bien-être social. Êtes-vous souvent confronté à des cas pareils ?

Oui…

Racontez-nous !

Présentement, j’ai un problème pareil sur le tapis. Et, je dois dire que très souvent des couples se disputent par rapport à la planification familiale et viennent me demander conseil. Dans le cas actuel, le mari a quitté le domicile conjugal parce que, sa femme est allée faire l’injection sans son accord. Pour ce mari, son épouse a ainsi choisi de ne plus lui faire d’enfant. Je trouve que la démarche de la femme est condamnable puisqu’elle n’en a pas parlé au préalable avec son mari. C’est pourquoi j’exhorte toujours les deux conjoints à discuter ensemble et à se mettre d’accord sur la technique ainsi que la méthode à utiliser.

Quel rôle le leader religieux peut-il jouer dans la promotion de la planification familiale ?

Le peuple de Dieu que je conduis en tant que pasteur m’est précieux. Sa santé spirituelle ainsi que son bien-être physique et social me tiennent à cœur. La planification familiale, outre l’espacement des naissances, présente également d’autres avantages notamment sur le plan économique. Elle donne la possibilité aux familles de choisir le nombre d’enfants à faire selon leurs capacités. Résultat : les enfants sont en bonne santé et bénéficient des soins adéquats pour leur épanouissement.

C’est donc de ma responsabilité d’informer et de former les membres de mon église sur la question afin qu’ils aient plus de connaissances pour leur propre bien ; parce que leurs problèmes familiaux me concernent aussi.

Pour ma part, je n’ai pas de programme établi pour parler de la planification familiale à mes fidèles. Cependant, je suis assez proche des familles et j’observe tout le monde. Ainsi, j’entretiens au besoin des couples sur l’importance de la planification. J’en parle avec eux en tête-à-tête.

Face au problème de sexualité précoce des jeunes et des adolescents, quelle méthode adoptez-vous en tant que leader religieux ?

Nous leur donnons des enseignements sur le plan spirituel et physique. Sur le deuxième point qui inclut la santé, il existe aujourd’hui de nombreuses maladies sexuellement transmissibles auxquelles les jeunes sont exposés par manque d’information. En ce qui concerne le premier point, la Bible désapprouve fortement la fornication selon Hébreux 13 verset 4. C’est la raison pour laquelle nous exhortons les jeunes de notre église à pratiquer l’abstinence et à tenir fermes à travers la prière. Mais, c’est après tout une question de conscience de la part de chaque jeune. Que l’Esprit saint les fortifie !

Propos recueillis par Brenda ETSEY

Sexualité et contraception

La santé sexuelle et de la reproduction englobe la santé et le bien-être ; en particulier les questions liées aux rapports sexuels, aux grossesses et aux naissances. De façon générale, la plupart des grossesses non désirées surviennent à cause de l’absence de méthode moderne de contraception ou de sa mauvaise utilisation. Contrairement aux grossesses planifiées, les grossesses non désirées présentent de graves risques pour la santé maternelle et infantile.

Selon le Rapport annuel FP2020 : The Way Ahead 2015-2016, le taux de prévalence contraceptive des méthodes modernes au Togo était de 15,6 en 2012 pour 18,7 en 2016. Par ailleurs, la même source indique qu’entre 2012 et 2016, le nombre de grossesses non désirées évitées grâce à l’utilisation de contraceptifs modernes est passé de 66.000 à 89.000. Dans le même intervalle d’années, le nombre de décès maternels évitées grâce à l’utilisation des contraceptifs modernes a doublé et est resté stable de 2013 à 2016.