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Togo-Portrait: Amivi HOMAWOO, le pan féminin de l’art plastique et du design

(Société Civile Média) – Où sont les femmes dans la sphère de l’art plastique et du design au Togo ? Malgré des batailles rudement menées au quotidien pour faire chuter le sexisme de son piédestal, il semble bien décidé à faire de la résistance, surtout dans ce secteur d’activités. Dans ce paysage austère où tout, souvent gravite autour des hommes, une « lionne » marque ses empreintes, Amivi HOMAWOO. Portrait.

Tentez l’expérience, demandez autour de vous qui sont les grands noms de l’art plastique au Togo, le résultat est quasi assuré : on vous citera en majorité des hommes. C’est un casting incomplet qui perdure et cache malheureusement le pan féminin d’un art plastique et d’un design togolais engagés et studieux, parfois menés main dans la main avec des hommes. Amivi HOMAWOO symbolise assez ce pan.

Améyovi Akpéyédjé HOMAWOO de son vrai nom, est une Artiste plasticienne et designer très engagée et les dreadlocks qu’elle arbore fièrement ne sont que la manifestation d’une fierté ethnique, raciale. Pour encore plus mettre l’accent sur son panafricanisme, à ses enfants, elle n’a donné que des prénoms africains. Avec l’artiste plasticien Kossi ASSOU, elle forme un couple d’artistes mythiques.

Si l’atelier d’une artiste est à l’image de celle ou celui qui l’occupe, le cocon des deux artistes ne déroge pas à la règle. A Djassémé, (village au Sud du Togo à environ 50 km de la capitale Lomé) où ils résident depuis une dizaine d’années, une grande grange fait office de l’atelier d’Amivi. Elle est remplie de toiles et de tableaux finis ou en cours de création, avec des outils basiques (pinceaux, peintures acryliques, des palettes de couleurs etc…). Sur le choix de leur résidence en campagne, la muse de l’autre explique : « La ville est saturée, elle est stressante … Ici, c’est plus calme et il y a une quiétude dans laquelle nous arrivons à mieux produire ».

De la peinture à eau sur toile à la sculpture en passant par le design des mobiliers et des objets usuels, la dame à la tignasse sublime le quotidien périlleux de la femme. « J’utilise beaucoup de couleurs pour sublimer la femme, pour l’épanouissement de la femme, pour la joie intérieure de la femme (…) sur mes œuvres souvent, je fais transparaître la femme dans les difficultés de la vie », fait-elle remarquer.

Amivi HOMAWOO
Amivi HOMAWOO

La passion de celle qui se prédestinait plus jeune à une carrière de comptable, pour l’art ne date pas d’aujourd’hui. Durant son cursus scolaire, elle a un faible pour le dessin, les croquis et schémas qu’elle reproduisait avec dextérité. «A force de dessiner, de faire de petits croquis, ça a attiré l’attention d’un de mes oncles qui me disait pourquoi tu ne voudrais pas faire l’art et je me suis dit pourquoi pas », raconte-t-elle.

En faisant le choix du pinceau, la femme au style sobre fait un passage en force dans le pré carré des métiers réservés aux hommes. Dans cette sphère masculine, Amivi Homawoo ne cesse de se perfectionner, elle touche entre autres à la soudure, à la menuiserie, à la sérigraphie, à l’imprimerie offset…. En quête continue de connaissance, l’artiste plasticienne se forme et expose ses œuvres dans les quatre(4) coins du monde.

Dans sa communauté de résidence, l’artiste s’est engagée pour l’autonomisation socioéconomique de la femme. Son association Perspective Femme regroupe la gente féminine rurale et s’évertue à améliorer leurs pratiques artistiques ancestrales et proposer des objets d’arts traditionnels améliorés.
Cette « Roots woman» hautement attachée aux valeurs culturelles et traditionnelles a su bâtir une notoriété morale hors-pair dans sa communauté de résidence et partout ailleurs. Quand on lui demande son secret, Amivi HOMAWOO répond : « c’est peut-être ma manière d’être. Je vois tout le monde comme moi, je respecte tout le monde, je ne vois pas pourquoi les gens ne m’aimeront pas ».

Aujourd’hui Amivi a plein de projets en vue qu’elle ne veut pas dévoiler. Les mordus d’art plastique, quant à eux, las de voir un casting incomplet perdurer quand on cite des artistes plasticiens, attendent l’émergence d’une gente féminine d’artistes encore plus engagés.

Edem PEDANOU (Portrait réalisé dans le cadre du projet « Egbé Nana » du Pro-CEMA)

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