Togo: Le rôle des leaders religieux se limite-t-il à prier pour la cité ou à y jouer un rôle plus actif ?

(Société Civile Média) – La question mérite d’être posée au regard de la place de plus en plus importante qu’occupent les leaders religieux dans les communautés. Mieux, elle a fait l’objet d’une formation axée sur le thème « le Chrétien et l’engagement citoyen ». Cette formation, qui a réuni une vingtaine de leaders religieux venus des quatre coins du Togo, se situe dans le cadre la mission d’accompagnement des acteurs de défense des droits de l’Homme initiée par le Centre de Documentation et de Formation sur les Droits de l’Homme (CDFDH). Le centre a donc apporté sa collaboration à l’association Africa Service pour la tenue de la 2e édition de cette rencontre organisée les 15, 16 et 17 Avril à Wyclef Togo.

S’il y a quelques siècles en arrière l’Eglise et l’Etat ne faisaient qu’un, la séparation des pouvoirs entre ces deux sphères cantonne, depuis lors, l’Eglise au simple rôle de « veille spirituelle ». La religion occupe, pourtant, une place prépondérante en Afrique et dans la vie de la population conférant ainsi aux leaders religieux une forte influence sur les membres de leurs congrégations, sur les fidèles voire sur les hommes politiques. C’est conscient de leurs capacités à impacter les mentalités que cet atelier a été pensé. Il vise à renforcer l’engagement de ces hommes de Dieu sur les questions de la cité et à les former sur la question des droits de l’Homme tout en leur faisant prendre conscience de l’importance pour les citoyens d’user de leurs droits de contrôle sur l’action publique. Il s’agissait pour Godwin ETSE, Directeur Exécutif du CDFDH, d’outiller ces leaders religieux pour qu’ils puissent mieux intervenir en tant qu’acteurs de développement et de changement auprès des décideurs à travers des actions de plaidoyer. Si cette rencontre trouvait son fondement juridique dans l’article 21 de la déclaration universelle des droits de l’Homme, il se réclamait aussi d’une base biblique au travers du livre de Jérémie 29 : 7 « recherchez la prospérité de la ville où je vous ai déporté et priez l’Eternel en sa faveur, car de sa prospérité dépend la vôtre ».

L’objectif de cette rencontre a été atteint selon Roger ABAYA, participant. Pasteur de l’Eglise MERENA à Kpalimé, ce juriste de formation animé par la quête de justice, reconnaît que la réalité sur le terrain qui nécessite de recourir à la loi contraste des fois avec le fait d’être « un bon chrétien » qui se doit de pardonner encore et encore sans agir. Il a relevé qu’il a voulu participer à cette formation afin de savoir comment harmoniser le droit et les principes bibliques et comment aider l’Eglise et les pasteurs à défendre les droits en cas de besoin. Il retient de cette formation un éveil de conscience qui l’emmènera à poser des actions et à jouer pleinement son double rôle de citoyen et de leader religieux. Notamment, l’organisation des séminaires, en collaboration avec ses confrères d’autres églises, pour sensibiliser les fidèles sur le concept des droits de l’Homme et du contrôle de l’action publique ; la participation aux différents rendez-vous avec les décideurs et acteurs sociopolitiques afin de les emmener, avec sagesse, à agir avec transparence et dans le respect des lois ; l’organisation de discussion sur les radios pour sensibiliser la population.

Responsable de l’association Africa Service, le Pasteur Happy AZIADEKEY s’est dit satisfait de cette session de formation. Il espère, à travers cette collaboration avec le Centre de Documentation et de Formation sur les Droits de l’Homme (CDFDH), prendre d’avantages d’initiatives en vue de renforcer l’engagement citoyen des leaders religieux. La célèbre phrase du pasteur américain T.D. Jakes trouve son sens : « Sometimes, you don’t need to pray, you just have to act » !

Jorhinda Sossa pour Société Civile Média et le site du CDFDH

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